SAVATER, Fernando. Éthique à l’usage de mon fils.

Avertissement antipédagogique

  • L’éthique n’a jamais permis de trancher un débat, même si son rôle est de les ouvrir tous. 11

Prologue

  • J’ai la faiblesse de croire, et peut-être es-tu de mon avis, qu’en prenant les gens pour des idiots, s’ils ne le sont pas encore, ils finissent par le devenir…15
  • Aie confiance en toi. En l’intelligence qui te rendra meilleur et en l’instinct de ton amour qui t’épanouira et te permettra d’être toujours en bonne compagnie.17

1- L’éthique un drôle de truc!

  • Pourtant, il faut savoir certaines choses, car il en va de notre vie, comme on dit. 22
  • En un mot, parmi tous les savoirs possibles, un au moins est indispensable : celui qui apprend que certaines choses nous conviennent et d’autres pas. 22
  • Le mensonge est généralement mauvais, car il discrédite le langage – dont nous avons tous besoin pour parler et vivre en société – et dresse les gens les uns contre les autres; mais il peut être utile ou profitable de mentir pour obtenir un petit avantage. Ou pour accorder une faveur à quelqu’un. 23
  • À première vue, le seul point sur lequel nous sommes tous d’accord, c’est que nous ne sommes pas d’accord avec tout le monde. Mais tu remarqueras que ces opinions divergentes sont unanimes sur un autre point, à savoir que notre vie sera, au moins en partie, le résultat de ce que chacun voudra en faire. 25
  • Premièrement : nous ne sommes pas libres de choisir ce qui nous arrive, mais libres de réagir à ce qui nous arrive de telle ou telle façon. 30
  • Deuxièmement : être libre de faire une tentative ne garantit pas la réussite. La liberté n’est pas l’omnipotence. C’est pourquoi plus grande sera notre capacité d’action, plus efficace sera notre liberté. 31
  • Il y a des choses qui dépendent de ma volonté, mais tout ne dépend pas de ma volonté, car le monde est pleine de volontés et d’impératifs qui échappent à mon contrôle. Si je ne me connais pas moi-même, et si je ne connais pas le monde dans lequel je vis, ma liberté se brisera un jour où l’autre contre ces impératifs. Mais, détail important, cela ne m’empêchera pas d’être libre… même si cela me fait mal. 31

2- Ordres, habitudes et caprices

  • À l’évidence, certaines choses nous conviennent pour notre vie, mais il n’est pas toujours facile de les distinguer de celles qui ne nous conviennent pas. Même si nous ne pouvons choisir ce qui nous arrive, nous pouvons toujours choisir comment réagir face à ce qui nous arrive. 39
  • Nous nous contenterons d’examiner les trois premiers types de mobiles, c’est-à-dire les ordres, les habitudes et les caprices. Chacun de ces mobiles oriente ta conduite dans une direction ou dans une autre, explique plus ou moins ta préférence à faire certaines choses plutôt que d’autres. 45
  • Les habitudes et les ordres ont un point commun : ils paraissent venir de l’extérieur, s’imposer sans en avoir demandé la permission. Au contraire, les caprices viennent de l’intérieur, ils sortent de toi spontanément sans avoir été sollicités par personne et sans que tu aies l’impression d’imiter quelqu’un. 46
  • En temps normal, un ordre se suffit à lui-même, mais il est parfois prudent de se demander jusqu’à point il est conseillé d’obéir… 47
  • Aphorisme de Lichtenberg. Nous ne disposons que de quatre principes de la morale :
  1. Le philosophique : fais le bien pour le bien lui-même, par respect de la loi.
  2. Le religieux : fais-le parce que c’est la volonté de Dieu, pour l’amour de Dieu.
  3. L’humain : fais-le parce que ton bien-être le requiert, pour l’amour de toi-même.
  4. La politique : fais le parce que la prospérité de la société dont tu fais partie le requiert, pour l’amour de la société et par considération pour toi-même.

3- Fais ce que tu voudras

  • Tout cela est lié à la liberté, notion au cœur des préoccupations de l’éthique, comme je crois te l’avoir déjà dit. La liberté, c’est pourvoir dire « oui » ou « non »; je fais telle chose ou je ne la fais pas, quoi qu’en disent mes chefs ou les autres; cela me convient et je le veux, cela ne me convient pas et donc je ne le veux pas. La liberté, c’est décider, mais aussi – ne l’oublie pas – se rendre compte qu’on décide. C’est le contraire de se laisser entraîner (…) 56-57
  • Mais une action n’est jamais bonne par le simple fait qu’elle émane d’un ordre, d’une habitude ou d’un caprice. (…) Personne ne peut être libre à ma place, autrement dit, personne ne peut me dispenser de choisir ou de réfléchir par moi-même. 59
  • Le mot « morale » se rattache par l’étymologie aux habitudes, car c’est justement le sens du mot latin mores, et aux ordres, car la plupart des préceptes moraux disent plus ou moins « tu dois faire telle chose » ou « ne pas faire telle autre ». 60
  • Le premier point à élucider, c’est l’éthique d’un homme libre n’a rien à voir avec les punitions ou les récompenses distribuées par une autorité humaine ou divine, ce qui revient au même en l’occurrence. Celui qui fuit les punitions ou recherche les récompenses dispensées par des tiers, selon des normes établies par eux, ne vaut pas mieux qu’un vulgaire esclave. 60
  • La « morale » est un ensemble de comportements et de normes considérées comme valables par toi, moi et quelques personnes autour de nous; l’« éthique » est une réflexion sur le pourquoi de cette considération, et une comparaison avec d’autres « morales » observées par d’autres. 61
  • Mais si l’on prend l’être humain dans son ensemble, choses ne sont pas si claires, car il n’y a pas un règlement unique pour devenir un bon humain, et l’homme n’est pas un instrument servant à un but précis. 64

4- À toi la belle vie

  • L’apparente contradiction de ce « Fais ce que tu voudras » n’est qu’un reflet du problème essentiel de la liberté : nous ne sommes pas libres d’être libres, nous sommes obligés de l’être. 72

5- Wake up, baby!

  • Je me méfie de ceux qui prétendent ne pas s’intéresser à l’argent et n’avoir besoin de rien (…) Cependant, le désir d’accumuler ne me paraît pas très sain non plus. 89
  • Ne te fais pas d’illusions – une chose -fût-elle la meilleure au monde – ne peut donner… que des choses. Et si personne ne peut donner ce qu’il n’a pas, à plus forte raison rien ne pourra jamais donner quelque chose. 91
  • En traitant les personnes comme des personnes et non comme des choses (c’est-à-dire en tenant compte de ce qu’elles veulent ou nécessitent, et pas seulement de ce que je peux tirer d’elles), je leur permets de me donner ce que seule une autre personne peut accorder à une autre personne. 92-93
  • Il faut manier les choses comme des choses et traiter les personnes comme des personnes : ainsi, les choses nous aideront sous bien des angles, et les personnes sous un angle fondamental, irremplaçable, celui de vouloir être des humains. 95
  • Je crois que la condition éthique première et indispensable est de se résoudre à ne pas vivre n’importe comment : être convaincu que tout n’est pas sans importance, même si on doit mourir tôt ou tard. 96

6- Le grillon de Pinocchio

  • Sais-tu quelle est la seule obligation que nous ayons dans cette vie? Celle de ne pas être des imbéciles. Le mot « imbécile » a plus de substance qu’il n’y paraît, ne t’y fie pas. Il vient du latin baculus, qui signifie « canne » : l’imbécile est celui qui a besoin d’une canne pour marcher. 101
  • Bien sûr pour éviter l’imbécilité dans un domaine quelconque, il faut être attentif, comme nous l’avons déjà dit dans le chapitre précédent, et nous efforcer d’apprendre. 103
  • Le contraire d’être moralement imbécile, c’est d’avoir conscience. 104
  1. Savoir que tout ne revient pas au même, car nous voulons réellement vivre, et qui plus est vivre bien, humainement bien.
  2. Surveiller résolument si ce que nous faisons correspond à ce que nous voulons vraiment.
  3. À partir de notre pratique, cultiver le bon goût moral qui développe notre répugnance à faire certaines choses.
  4. Renoncer aux alibis qui cachent que nous sommes libres et donc raisonnablement responsables des conséquences de nos actes. 105
  • Incroyable : quelqu’un peut regretter d’avoir mal agi même s’il est raisonnablement certain que rien ni personne ne va prendre des mesures de représailles contre lui. Car en prenant conscience d’une mauvaise action, nous comprenons que nous sommes déjà punis, car nous nous sommes abîmés – un peu, beaucoup… – volontairement. Il n’est pire châtiment que de découvrir que nos propres actes boycottent ce que nous voulons réellement devenir… 110-111
  • D’où viennent les remords? Pour moi, c’est très clair : de notre liberté. Si nous n’étions pas libres, nous ne pourrions nous sentir coupables (ni fiers, bien sûr) de rien, et nous éviterions les remords. 111
  • De même, les adultes revendiquent toujours leur liberté pour s’attribuer le mérite de leurs réussites, mais préfèrent s’avouer « esclaves des circonstances » quand leurs actes n’ont rien de vraiment glorieux. 111
  • Et le sérieux de la liberté, c’est qu’elle appelle des effets indéniables, qu’on ne peut effacer à notre guise quand ils se produisent. 112
  • Le sérieux de la liberté, c’est que chacun de mes actes restreints mes possibilités futures quand j’opte pour l’une d’entre elles. Et inutile d’attendre le résultat, bon ou mauvais, pour en assumer éventuellement la responsabilité!112
  • Le « remord » est donc ce mécontentement que nous éprouvons vis-à-vis de nous-mêmes quand nous avons employé notre liberté à l’inverse de ce que nous voulons vraiment en tant qu’êtres humains. Et être responsable, c’est sa savoir authentiquement libre, pour faire le bien ou le mal, assumer les conséquences de ses actions, réparer les dégâts dans la mesure du possible et profiter du bien au maximum. 112-113
  • Dès lors qu’apparaît l’irrésistible, hop! On perd sa liberté et on devient une marionnette dont on ne peut plus exiger de comptes. Les partisans de l’autoritarisme croient dur comme fer à l’irrésistible et sont partisans d’interdire tout ce qui peut asservir : quand la police aura extirpé toutes les tentations, il n’y aura ni délits ni péchés! Ni liberté, bien sûr, mais, si on veut quelque chose, il faut savoir y mettre le prix… Et il est rassurant de savoir que, s’il rôde encore quelques tentations, la responsabilité de celui qui y aura succombé sera dégagée et endossée exclusivement par qui ne les aura pas supprimées! 113-114
  • Le fondement de la responsabilité, pour tout dire, c’est pas seulement l’audace et l’honnêteté d’assumer ses propres gaffes sans chercher des excuses à droite et à gauche. La personne responsable est consciente de la réalité de sa liberté. Et de la souveraineté de ses décisions. La responsabilité, c’est de savoir que chacun de mes actes me construit, me définit, m’invente. 115

7- Mets-toi à sa place

  • (…) ce qui intéresse l’éthique, ce qui constitue sa spécialité, c’est comment bien vivre la vie humaine, la vie qui se déroule entre les humains. 123
  • Premièrement : qui vole, ment, trahit, viole, tue ou abuse de son prochain d’une façon ou une autre ne cesse pas pour autant d’être un humain, 128
  • Deuxièmement : une des caractéristiques principales de tous les humains, c’est la capacité d’imitation. 128
  • Reconnaître son semblable implique surtout la possibilité de le comprendre de l’intérieur, d’adopter son point de vue l’espace d’un instant. 132
  • Se mettre à la place de l’autre est le début de toute communication symbolique avec autrui, mais aussi une façon de prendre en compte ses droits. Et si ses droits n’apparaissent pas, il faut comprendre ses raisons. 133
  • En un mot, te mettre à la place de l’autre, c’est le prendre au sérieux, le considérer comme aussi pleinement réel que toi. 134
  • Le premier droit humain est le droit de ne pas être une photocopie de nos congénères, de sortir un peu de l’ordinaire. Et on n’a pas le droit d’obliger l’autre à rentrer dans cet « ordinaire » pour son bien, sauf si son attitude consiste à nuire méthodiquement à son prochain… 136
  • Les lois et les juges essaient d’imposer un minimum exigible par les gens qui cohabitent dans la société, mais il s’agit juste d’un minimum. Souvent, notre comportement reste au fond injuste, tout légal qu’il soit (…) 137
  • Pour sentir vraiment ce que l’autre attend de toi, le seul moyen est de l’aimer un peu, au moins parce qu’il est aussi un être humain… et cet amour, petit mais essentiel, aucun décret, aucune loi ne peut l’imposer. Bien vivre, c’est savoir rendre une justice sympathique, ou manifester une compassion juste. 137

8- Bien du plaisir

  • Ce qui se cache derrière toute cette obsession sur l’« immoralité » sexuelle est tout simplement une des plus vieilles craintes sociales de l’homme : la peur du plaisir. 146
  • Par ailleurs, il y aussi ceux qui ne jouissent qu’en empêchant les autres de jouir. Ils ont tellement peur de ne pouvoir résister au plaisir et s’angoissent tellement à l’idée de ce qui peut leur arriver s’ils succombent un jour aux séductions du corps qu’ils deviennent des calomniateurs professionnels du plaisir (..) Toute chose peut finir par faire mal ou faire le mal, mais aucune chose n’est mauvaise parce que tu as pris plaisir à la faire. 147
  • Le plus sûr moyen de gâter les jouissances du présent est de tout vouloir à chaque instant, les plaisirs les plus démesurés et les plus irréalisables. Ne t’obstines pas à introduire de force des plaisirs inadaptés aux circonstances : cherche plutôt à apprécier ce qui t’est offert. 149
  • La différence entre « user » et « abuser » réside justement en ceci : quand tu uses d’un plaisir, tu l’enrichis et tu enrichis ta vie, et la vie elle-même te plaît de plus en plus; tu sens que tu abuses quand tu t’aperçois que le plaisir appauvrit ta vie et que tu ne t’intéresses plus qu’à ce plaisir précis. 150
  • Voici donc ce que j,en déduis : le plaisir est formidable et désirable quand nous savons le mettre au service de la joie, mais pas quand il la trouble ou la compromet. La limite négative du plaisir n’est pas la douleur, ni même la mort, mais la joie : dès que nous la perdons pour une satisfaction déterminée, à coup sûr nous jouissons de ce qui ne nous convient pas. 153
  • Le monde est plein de soi-disant « rebelles » qui ne souhaitent au fond qu’une chose, qu’on les punissent d’être libres et qu’un pouvoir suprême, de ce monde ou de l’autre, ne les laisse pas seuls face à leurs tentations. 154
  • En revanche, la tempérance est une connivence intelligente avec l’objet de notre jouissance. 154

9- Suffrage universel

  • L’éthique n’a qu’une fonction, aider à s’améliorer, pas à réprimander l’autre avec éloquence; et elle n’apporte qu’une seule certitude : toi, moi et les autres, nous sommes tous fabriqués artisanalement, un par un, avec un tendre souci de marquer des différences. 159-160
  • Pour commencer, ils [les politiciens] occupent des places particulièrement visibles dans la société, et très privilégiées. Leurs défauts sont de notoriété publique; ils ont aussi plus souvent l’occasion de succomber à des petites ou grandes tentations que la plupart des citoyens ordinaires. Le fait d’être connus, enviés et même craints ne favorise pas non plus un traitement impartial. Les sociétés égalitaires, c’est-à-dire démocratiques, ne sont pas tendres avec ceux qui s’écartent de la norme, par le haut ou par le bas : on aimerait lapider celui qui émerge du lot, on piétinera sans remords celui qui coule. D’autre part, les politiciens font plus de promesses qu’ils n’en peuvent ou veulent tenir. Ils y sont contraints par leur clientèle, car ils risquent de se retrouver seuls s’ils ne prédisent pas des lendemains qui chantent à leurs électeurs ou s’ils insistent plus sur les difficultés que sur les illusions. 161-162
  • L’éthique est l’art de choisir ce qui nous convient le mieux et de vivre le mieux possible; l’objectif de la politique est d’organiser au mieux la convivialité sociale, afin que chacun puisse choisir ce qui lui convient. 162
  • Pour commencer, l’éthique s’occupe de ce que chacun (toi, moi, n’importe qui) fait de sa liberté, tandis que la politique essaie de coordonner, dans un souci d’efficacité pour la collectivité, ce que beaucoup font de leur liberté. 163
  • Aucun ordre politique n’est assez mauvais pour qu’on y trouve au moins un être à demi bon : les circonstances ont beau jouer contre nous, la responsabilité finale de nos actes est en chacun de nous, tout le reste n’est qu’alibis. 165
    1. Comme tout projet éthique part de la liberté, sans laquelle il n’y a pas de belle vie qui vaille, le système politique souhaite au maximum – ou fixer comme minimum au choix – les aspects publics de la liberté humaine : la liberté de se réunir ou de se séparer, d’exprimer des opinions, d’inventer la beauté, d’explorer la science, de travailler conformément à sa vocation ou à son intérêt, d’intervenir dans les affaires publiques, de se déplacer ou de s’installer n’importe où, de choisir les jouissances de son corps et de son âme. (…) Dans les systèmes politiques où les individus ne sont jamais entièrement « responsables », les gouvernants ne le sont pas davantage, car ils agissent toujours poussés par les « nécessité » historiques ou les impératifs de la « raison d’État ». 166-1678
    2. Traiter les personnes comme des personnes est un principe de base de la belle vie, ainsi que nous l’avons vu, et cela signifie être capables de nous mettre à la place de nos semblables et d’adapter nos intérêts aux leurs. (…) Il existe un seul cas où l’on peut limiter la liberté de l’individu : quand il faut empêcher, par la force si nécessaire, que l’individu en question traite ses semblables comme s’ils n’en étaient pas (…) 167-168
    3. Par l’expérience, nous apprenons dans notre propre chair, aussi heureux que nous soyons, la réalité de la souffrance. Prendre l’autre au sérieux, nous mettre à sa place, c’est non seulement reconnaître sa dignité de semblable, mais aussi sympathiser avec ses douleurs ou malheurs survenus à la suite d’une erreur personnelle, d’un accident fortuit ou d’une fatalité biologique, et qui, tôt ou tard, peuvent nous toucher aussi. (…) Cette assistance a du mal à s’exercer sans nuire à la liberté ni à la dignité de la personne. Parfois, l’État, sous prétexte d’aider les invalides, finit par traiter toute la population comme si elle était invalide. 169-170
  • Celui qui souhaite une belle vie pour lui-même, conforme au projet éthique, doit aussi désirer que la communauté politique des hommes se fonde sur la liberté, la justice et l’assistance. 171
  • Voici où je voulais en venir : tout ce qui favorise l’organisation des hommes en fonction de leur appartenance à l’humanité et non à des tribus me paraît être un principe politiquement intéressant. La diversité des façons de vivre est un aspect essentiel, pourvu qu’il y ait des règles minimales de tolérance entre elles et que certains problèmes mobilisent les efforts de tous. Sinon, nous obtiendrons une diversité de crimes, non de cultures. 172

Épilogue : Tu devrais y réfléchir

  • Il faut savoir ce qu’on veut et réfléchir à ce que l’on fait. Et ensuite… garder courage devant les revers, car la chance a aussi son rôle à jouer et personne ne peut réussir chaque fois. 176
  • La vie nous est donnée sans ordonnance et sans notice. L’éthique ne peut pallier complètement cette défaillance, car elle est avant tout la chronique des efforts déployés par les humains pour y remédier. 179
  • Puisqu’il s’agit de choisir, essaie toujours de choisir les options qui t’offrent ensuite le plus large choix possible, pas celles qui te laissent face au mur. Choisis ce qui t’ouvre : les autres, des expériences nouvelles, des joies variées. 180

Février 2026, Cap-de-Plâtre

WALTARI, Mika. Sinouhé l’Égyptien. Folio

Tome 1

Livre 1 – Le bateau de roseau

  • C’est pour moi seul que j’écris. Non pas pour flatter les dieux, non pas pour flatter les rois, ni par peur de l’avenir ni par espoir. Car durant ma vie j’ai subi tant d’épreuves et de pertes que la vaine crainte ne peut me tourmenter, et je suis las de l’espérance en l’immortalité, comme je suis las des dieux et des rois. C’est donc pour moi seul que j’écris, et sur ce point je crois différer de tous les écrivains passés ou futurs. 9
  • Et ce qui a été écrit l’a été sur l’ordre des rois ou pour flatter les dieux et pour induire frauduleusement les hommes à croire ce qui n’est pas arrivé. Ou bien à penser que tout s’est passé différemment de la réalité. Que la part de tel ou tel dans les événements est plus grande ou plus petite qu’en vérité. C’est dans ce sens que j’affirme que du passé le plus reculé jusqu’à nos jours tout ce qui a été écrit l’a été pour les dieux ou pour les hommes.
  • Ainsi il ne s’est rien passé de nouveau sous mes yeux, mais tout ce qui est arrivé arrivera aussi à l’avenir. De même que l’homme n’a pas changé, il ne changera pas non plus à l’avenir. Ceux qui me suivront seront semblables à ceux qui m’ont précédés. 11
  • Chacun puise dans sa croyance une consolation aux revers et aux maux de la vie. 16

Livre II – La Maison de la Vie

  • Car la clef redoutable de tout vrai savoir est la question : Pourquoi? 76
  • Alors mes yeux se dessillèrent et je vis que les médecins de la Maison de la Vie connaissaient seulement les textes et la coutume, et rien de plus. 77

Livre III – La passion de Thèbes

  • Ce don était en lui comme une pierre précieuse repose dans la gangue, on ne pouvait l’acquérir par l’étude ni par un exercice spirituelle. 98

Livre IV – Nefernefernefer

  • Je sais maintenant que dans ce monde il n’y a pas d’autre droit que celui du riche et du fort et que la plainte du pauvre ne parvient pas aux oreilles du pharaon. 199

Livre V – Les Khabiri

  • Il dit vivre de la vérité, mais la vérité est comme un couteau tranchant entre les mains d’un enfant, et elle est encore plus dangereuse entre celles d’un fou. 232
  • Mais la vermine fait partie de la guerre, comme la faim et la soif et les blessures et les villages incendiés, si bien que je ne me plains pas. 234

Livre VI – La journée du faux roi

Livre VII – Minea

  • Ce voyage me fut très utile, et j’ai appris à voir que les pauvres sont plus compatissants que les riches, car nous croyant pauvres, ils nous donnaient du gruau et du poisson séché sans réclamer rien en échange, par pure bonté. 349
  • Car plus j’ai vécu, et plus j’ai constaté que, quoi que fasse l’homme, il agit pour bien des causes et qu’il ignore souvent par quels mobiles il agit. C’est pourquoi tous les actes des hommes sont de la poussière à mes pieds, tant que je n’en sais pas le but et l’intention. 349-350
  • [Au contraire des Hittites] En effet, dans les autres pays et en Égypte aussi, les prêtres et les juges déterminent les actes du roi plus que celui-ci ne le croit. 355
  • [Hittites] Nos amis sont tous les peuples qui se soumettent à notre autorité et qui nous versent un tribut, dit-il d’un ton didactique. Nous les laissons vivre à leur guise et nous ne blessons guère leurs traditions ou leurs dieux, pourvus que nous puissions les gouverner. 365
  • Pour nous [Hittites], est juste ce que nous désirons, et faux ce que les voisins désirent. C’est une doctrine très simple qui rend la vie facile et la diplomatie aisée, et cela ne diffère pas à mon avis de la théologie des plaines, car à ce que j’ai compris, les dieux des plaines estiment juste ce que les riches désirent, et faux ce que les pauvres désirent. 366
  • Si tu es sage et prévoyant, reprit-il, tu resteras chez nous et te mettras à honorer nos dieux, car tous les autres peuples ont dominé chacun à son tour le monde connu, et maintenant c’est nous. Nos dieux sont très puissants et leurs noms sont Pouvoir et Peur, et nous allons leur élever de grands autels avec des crânes blanchis. 367

Livre VIII – La maison obscure

  • (…) mais je savais que la vérité est un poignard nu dans la main d’un enfant et qu’il se retourne contre son porteur. 424

Livre IX – La Queue de Crocodile

  • Et pourtant la solitude est l’apanage de l’âge adulte, s’il en a été ainsi fixé, mais moi j’avais été solitaire dès mon enfance et étranger dans le monde depuis que j’avais abordé sur la rive du Nil, et je n’avais pas eu à m’habituer à la solitude comme tant d’autres, mais la solitude était pour moi un foyer et un refuge dans les ténèbres. 431
  • Un seigneur et un souverain ne hait personne et ne voit pas de différence entre les peuple, mais la haine est un puissant levier entre ses mains, plus puissant que les armes, car sans la haine les bras n’ont pas la force de lever les armes. 445
  • Leurs paroles éveillèrent en moi un écho, et pour la première fois je me dis que la pensée humaine était peut-être imparfaite et qu’en dehors de cette pensée pouvait exister quelque chose que l’œil n’apercevait pas et que l’oreille n’entendait pas et que la main ne pouvait toucher. Peut-être que le pharaon et ses prêtres avaient découvert cette vérité et qu’ils appelaient Aton cet inconnu au-delà de la pensée humaine. 472
  • Le mensonge est peut-être plus délicieux parfois que la vérité, lorsqu’on est solitaire et que le premier printemps est passé. 485

Tome 2

Livre X – La cité de l’Horizon d’Aton

  • Mai je dis que bien des gens périront à cause de ce dieu, et c’est insensé, car les dieux existent pour apaiser le peuple pas pour semer le trouble. 14
  • Je vis tout cela de mes propres yeux, et alors je me pris la tête entre les mains et tout me fut égal, et je me dis qu’aucun dieu n’était capable de guérir l’homme de sa folie. 36
  • (…) mais je tiens à dire ici que peut-être la vengeance enivre et que son goût est délicieux, mais de toutes les fleurs de la vie c’est elle qui se fane le plus vite, et sous les délices de la vengeance ricane un crâne de mort. 38
  • À partir de cette nuit, elle fut mon amie, car dans ses bras je croyais de nouveau qu’il existait en moi et en dehors de mon savoir quelque chose qui me dépassait et pour quoi il valait la peine de vivre. 40-41
  • J’endurcis mon cœur, car j’aimais le pharaon, bien qu’il fût fou, et peut-être à cause de sa folie, car sa folie était plus belle que la sagesse des autres hommes. 72

Livre XI -Merit

  • Redouter tout changement, car pour un pauvre c’est toujours en mal, et sa mesure de blé diminue et l’huile baisse dans son pot. 98
  • Et une crainte s’empara de moi : il se peut vraiment que le pharaons et les courtisans et les nobles et les dignitaires qui vivent dans l’oisiveté, et moi aussi durant ces dernières années, nous ne soyons que des parasites engraissés par le peuple, comme une puce dans la toison du chien. 99
  • À la longue on ne peut rien cacher au peuple, mais le peuple sait tout, sans même qu’on lui en parle. 135
  • Je pensais à toutes ces choses et je n’étais plus entièrement heureux, car ce qui augmente le savoir, augmente aussi le chagrin, et j’aurais voulu m’épargner le chagrin, parce que je n’étais plus jeune. 136-137

Livre XII – La clepsydre mesure le temps

  • L’homme devrait bien réfléchir aux vœux qu’il exprime à haute voix, car les souhaits formulés ainsi ont un fâcheux penchant à se réaliser, et ils se réalisent très facilement s’ils visent le malheur de notre prochain. Quand on souhaite du mal à autrui, ce mal se réalise beaucoup plus facilement que si on lui souhaite du bien. 185
  • Le soleil est ardent et les mouches piquent et la joie humaine est minime à côté des peines. L’œil se fatigue à regarder, les bruits et les vaines paroles cassent les oreilles, et le cœur a trop de rêves pour être heureux. 187
  • Ainsi, lui et moi, nous savions que nous vivions le crépuscule d’un monde, et la nuit était devant nous et bien des bouleversements surviendraient et des peuples entiers seraient effacés de la surface de la terre, comme celui de Mitanni, et les anciens dieux périraient, mais il en naîtrait de nouveaux et un nouveau millénaire commencerait. 210-211
  • C’est ainsi que l’homme est esclave de son cœur et qu’il ferme les yeux à ce qui lui déplaît et qu’il croit ce qu’il espère. 221
  • Je reconnais qu’il y avait autant de dieux que de cœurs humains au monde et que bien des gens marchaient de la naissance à la tombe sans avoir jamais connu le dieu dans son cœur. Et ce dieu n’était pas savoir ni compréhension, il était davantage encore. 223

Livre XIII – Le royaume d’Aton sur la terre

  • J’ignore quels furent mes véritables mobiles, car l’homme ne connaît pas son propre cœur. 295
  • Les Thébains furent enchantés d’Amon et du nouveau pharaons qui n’était pourtant qu’un enfant, car le cœur humain est si insensé qu’il place sa confiance en son espoir à l’avenir, sans rien apprendre de ses erreurs et en s’imaginant que le lendemain sera meilleur que la veille. 302
  • Tu aurais aussi pu t’apercevoir que je n’ai pas trop parlé des difficultés qui nous attendent, car le peuple aura bien le temps de les constater et il n’est pas sage de l’effrayer à l’avance. 315-316

Livre XIV – La guerre sainte

  • La vie est une flamme chaude qui brûle, mais la mort est l’eau sombre de l’oubli. 380
  • En effet, un homme peut vivre sans ami, mais il est difficile de mourir sans ami, surtout si durant sa vie on a été un chef et une tête couronnée. 380

Livre XV – Horemheb

  • Mais en vieillissant, j’ai compris qu’en dernière analyse tous les souverains sont les mêmes et que tous les peuples sont les mêmes, et que peu importe en somme qui gouverne et quel peuple en opprime un autre, car finalement ce sont toujours les pauvres qui supportent les souffrances. 412
  • Calme-toi, cœur insensé, car ce n’est pas ta faute, et tout ce qui se passe dans le monde est insensé, et la bonté et la méchanceté n’ont pas de sens, mais la cupidité, la haine et la passion dominent partout. Ce n’est pas ta faute Sinouhé, car l’homme reste pareil et ne change pas. Les années fuient et les hommes naissent et meurent, et leur vie est comme un souffle chaud et ils ne sont pas heureux en vivant, ils sont heureux seulement en mourant. C’est pourquoi rien n’est plus vain que la vie humaine. C’est en vain que tu plonges l’homme dans le courant du temps, son cœur ne change pas et il ressort du courant tel qu’il y est entré, par la peste et par les incendies, par les dieux et par les lances, car il ne fait que s’endurcir dans les épreuves, jusqu’à devenir plus méchant qu’un crocodile, et c’est pourquoi tout homme mort est un homme bon. 445
  • Car souvent la vérité est cruelle, et il vaut mieux tuer un homme que de lui arracher ses illusions. 467

Février 2026, Cap-de-Plâtre

Aulne rugueux

Fiche – 54A

Latin – Alnus incana ssp rugosa Synonymes – Alnus americana, Alnus glauca, Alnus incana var americana et glauca, Alnus rugosa var americana, rugosa et tomophylla, Alnus serrulata var rugosa, Betula alnus var rugosa, Betula rugosa

Anglais – Speckled alder Synonymes – Common ader, Eastern river alder, Grey alder, Hazel alder, Hoary alder, Mountain alder, Red alder, Rough alder, Swamp alder, Tag alder

Autres noms – Aulne commun, Aulne blanc rugueux, Aulne hâtif, Cerisier de rivière, Vergne, Verne

Famille – Betulaceae

Espèce – Le genre aulne regroupe une quinzaine d’espèces

Étymologie – Le nom générique paraît venir du celtique et signifier : voisin des rivières

Nom latin classique, apparenté au lithuanien, au prusse, à l’allemand ou au latin ulmus (orme) ou bien d’une racine indogermanique (el-, ol-) signifiant brillant, le bois blesé de l’aulne prenant des couleurs rouge orangé (apparent non d’un mot celte signifiant voisin des rivières comme certains le croient. Rugosa : ridée, rugueuse, peut-être à cause du revers des feuilles?

Description botanique

CONTRE-INDICATION ET TOXICITÉ

Propriétés – Le bois des aulnes ne pourrit pas dans l’eau. Particulièrement dur à brûler, le récolter à la bonne lune.

Les plantes semblables – Aulne crispé, l’aulne rugueux se distingue par ses cônes miniatures présentes à l’année

Habitat – Lieux humides, rives, tourbières, taillis. Dans les tourbières c’est une espèce fréquente des fens le long des petits cours d’eau, s’installe le plus souvent sur une tourbe à ph supérieure à 3,2, dans des fens pauvres.

Cycle –

Taille – Arbrisseau pouvant atteindre 6 mètres, croit en touffe, tronc tordu, courbé à la base

Tige – Un peu couché à la base, puis redressé

Écorce – Lisse, brun rougeâtre, nombreuses lenticelles horizontales, étroites, orangées

Rameaux – Grêles, brun grisâtre, légèrement pubescents. Bourgeon terminal brun rougeâtre. Duveté, nettement tigé, long environ 1/3 pouce, bourgeons latéraux semblables

Bois – Léger, tendre, faible, porosité diffuse, brun pâle, devenant rouge à l’air

Feuilles – Alternes, ové, aiguë, doublement dentée, dessus vert foncé, ridé, dessous blanchâtre, plus ou moins pubescent sur les nervures

Fleurs – Unisexuées, en grappe de chatons rouge brun de l’automne précédent, ouvrant avant les feuilles, les deux sexes sur le même rameau

Période de floraison – Mars-Mai

Fruit – Automne nucule plus larges que ses deux ailes qui sont très étroites, porté dans un gros cône presque noir, long 1/4-1/2 pouce, chute à maturité

Racine – Nodule orangés qui ressemblent à des coraux et qui atteignent parfois la taille des balles de ping-pong

Odeur –

Saveur

Jardinage – Plante anémophile, la fécondation directe étant empêchée par la courbure des branches, qui amène les chatons pistillés au-dessus des chatons staminés. Les jeunes plantes ne produisent généralement que des chatons staminés ; plus tard, les chatons pistillés sont beaucoup plus nombreux que les chatons staminés. L’allongement des chatons de l’aulne est l’un des premiers signes de la venue du printemps dans la vallée laurentienne.

Parmi les premiers pollens disponibles, il contribue à la première miellée que les abeilles utilisent pour nourrir leur couvain. Précieux pour stabiliser les berges, sa faculté de fixer l’azote de l’atmosphère lui permet aussi de s’accommoder de sols extrêmement pauvres, sablonneux et dépourvus de matières organiques; contrairement à l’aulne crispé, il exige cependant beaucoup d’eau dans le sol. À l’automne, récolter les fruits mûrs, les recouvrir de silice ou de perlite pour les entreposer dans un endroit humide ou ombragé; semer au printemps, dans un sol sablonneux et très humide; en pépinière, transplanter par la suite à tous les deux ans, jusqu’au moment de les planter à demeure. Le marcottage de même que le bouturage de rameaux aoûtés, prélevés à la fin de l’été et enracinés dans un sol humide, donnent également de bons résultats. Planter à l’automne ou au printemps.

Zone de rusticité –

Origine

Répartition – CAN

Usages

Parfois combustible, mais entrave les crues printanières

L’aulne (Verne) fournissait aux anciens Canadiens une teinture jaune très employée. Les Iroquois coloraient en rouge les cuillères et autres articles de bois, avec une décoction de l’écorce. Son contenu élevé en tanin de leur écorce rendit les aulnes populaires dans le tannage du cuir et pour arrêter le sang des blessures qu’ils aidaient aussi à cicatriser. Le bois des aulnes ne pourrit pas dans l’eau, ce qui en fit des pilotis très populaires.

Les bosquets d’aulne protègent les petits de la bécassine des marais, contre les ennemis et contre les conditions climatiques défavorables. Ils constituent, par ailleurs, un endroit où le sol humide et meuble recèle des vers de terre dont la bécasse d’Amérique raffole; la parade nuptiale de cet oiseau se fait souvent dans de petites clairières bordées d’aulne rugueux. Les gélinottes huppées et à queue fine se nourrissent de ses feuilles, de ses bourgeons et de ses fruits; le porc-épic d’Amérique, de ses châtons; les sizerins, les chardonnets et la bécasse d’Amérique, de ses fruits; le acstor, de son écorce et de son feuillage. Ce dernier prend la peine d’en amasser près de sa hutte, afin de s’en nourrir pendant la saison froide.

Usages culinaires

En hiver, les bourgeons et l’écorce interne servent de nourriture d’urgence. D’après nos essais, l’écorce interne bouillie reste un peu fibreuse et amère; elle donne une soupe de couleur orangée, mangeable, chose certaine, l’écorçage du tronc demande beaucoup de travail… et la question se pose de la rentabilité sur le plan énergétique. Les bourgeons se cueillent plus rapidement; mâchés crus, ils se révèlent amère et donnent une couleur particulière à la salive… et à la neige qui reçoit le bourgeons craché. Légèrement bouillis dans deux eaux consécutives, ils deviennent tendres et presque appétissant pour un ventre en situation de détresse. Les jeunes feuilles moins de cinq cm, légèrement bouillies, se servent en soupe, mais mieux vaut les faire bouillir dans deux eaux successives, pour éliminer l’amertume. Par souci de conservation, ne pas dégarnir complètement chaque branche.

Usages médicinaux

Certains Amérindiens auraient utilisé son écorce, à la fois comme tonique et pour soulager les indigestions, mais à haute dose, il agit comme vomitif.

Tradition et symbolisme

Genre –

Planète

Élément

Divinité

Pouvoirs –

Alphabet des arbres – F Fern – Arts divinatoires, sagesse, régénération.

On attribuait la couleur rougeâtre du bois des aulnes au fait que le diable battait sa grand-mère avec une branche d’aulne. Seules les fées connaîtraient toutes leurs vertus. En Belgique, une branche suspendue aux portes de l’étable, le 1er mai, protège les bêtes des sortilèges. Quand la feuille d’aulne atteint la grosseur d’une oreille de rat, l’anguille sort du trou! Pour se débarrasser des puces : ramasser des feuilles trempées par la rosées, les répandre dans la pièce infectées pour que les indésirables s’y coller, brûler ces feuilles; répéter au besoin. Contre les rhumatismes : se couvrir de feuilles sèches, puis d’une couverture pour provoquer la sudation; répéter chaque jour, pendant une semaine, et le mal devrait disparaître.

Diverses tribus amérindiennes utilisaient abondamment l’aulne rugueux comme plante médicinale, en particulier pour ses propriétés astringentes. L’écorce entrait dans la composition d’une tisane de sept herbes, utilisées comme sudorifique avant d’entrer dans la tente à suer. Un tisane d’accouchement composée de racine d’aulne rugueux, additionnée de 4 bourdons tués rituellement.

Références

Taxinomie et description botanique

CANADIENSYS. http://data.canadensys.net/vascan/taxon/3675?lang=fr

AAQ-Arbres, arbrustes, abrisseaux du Québec, p. 58 -87

AIC – Arbres indigènes du Canada p. 144-145

Fleurbec. 1987. Plantes sauvages des lacs, rivières et tourbières. Fleurbec éditeur, Saint-Henri-de-Lévis, Québec. 6e tirage.Plantes marécageuses et plantes terrestres à fleurs vertes, peu voyantes, absentes en été ou inexistantes. 294-301

ITIS – Integrated Taxinomic Information System. https://www.itis.gov/

MARIE-VICTORIN. Flore laurentienne. https://www.florelaurentienne.com/flore/Groupes/Spermatophytes/Angiospermes/Dicotyles/011_Betulacees/02_Alnus/rugosa.htm

MVC – http://www.virtualmuseum.ca/sgc-cms/expositions-exhibitions/plantes-plants/plant_dir/index_fr.php

Petite flore forestière du Québec. P. 110

USDA. Plants Database – https://plants.usda.gov/java/

TELA – Télabotanica

WIKI

Usages

AIC – Arbres indigènes du Canada p. 144-145

Fleurbec. 1987. Plantes sauvages des lacs, rivières et tourbières. Fleurbec éditeur, Saint-Henri-de-Lévis, Québec. 6e tirage. Plantes marécageuses et plantes terrestres à fleurs vertes, peu voyantes, absentes en été ou inexistantes. 294-301

MARIE-VICTORIN. Flore laurentienne. https://www.florelaurentienne.com/flore/Groupes/Spermatophytes/Angiospermes/Dicotyles/011_Betulacees/02_Alnus/rugosa.htm

Petite flore forestière du Québec. P. 110

Tradition et symbolisme

CHEVALIER, Jean et Alain GHEERBRANT. Dictionnaire des symboles

Fleurbec. 1987. Plantes sauvages des lacs, rivières et tourbières. Fleurbec éditeur, Saint-Henri-de-Lévis, Québec. 6e tirage. Plantes marécageuses et plantes terrestres à fleurs vertes, peu voyantes, absentes en été ou inexistantes. 294-301

GALLAGHER, Ann-Marie. La Bible de la magie naturelle

Concordance biblique http://www.lueur.org/bible/chercher/

Pline l’Ancien, Histoire naturelle http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/index.htm

Robertson Davies. Un heureux canular

  • La vie, comme il la voyait, n’était que le long déclin d’un passé glorieux et celui qui aborde un journal dans cet état d’esprit trouve amplement de quoi renforcer ses convictions, surtout s’il n’a jamais examiné au jour le jour une période précise du passé.
  • Au moins, il avait devant lui un homme qui essayait de créer quelque chose de ses tripes et de sa propre expérience, non pas un loup-garou savant en train de déterrer le cadavre de ce malheureux Heavysege, dans l’espoir de trouver quelque pitance dans les chairs putrescentes du poète.
  • Comme beaucoup d’autres sphinx des temps modernes, vous n’êtes qu’un ignare petit morveux, qui croit que le culot peut remplacer l’autorité des sages et que le jargon de sa profession peut cacher le vide de sa pensée. Vous aspirez à être un sphinx, sans d’abord prendre d’acquérir un secret.

Mars 2009, Sept-Îles

Thomas Quincey. Les confessions d’un mangeur d’opium anglais. 1822

Les confessions d’un mangeur d’opium anglais

  • … à mon sens, un rang qui élève un homme trop au-dessus de ses semblables n’est pas des plus propices au développement de ses facultés morales ou intellectuelles.

Suspiria de profundis

  • Le sentiment qui accompagne la révélation soudaine que tout est perdu se concentre dans le cœur; il trop profond pour les gestes ou les mots, et rien n’en paraît au-dehors. Si la ruine était conditionnelle ou aucunement douteuse, il serait naturel d’émettre des exclamations et de rechercher la sympathie. Mais là ou l’on comprend que la ruine est absolue, là où la sympathie ne peut apporter de consolation, ni le conseil d’espoir, il en va autrement. La voix meurt; les gestes se glacent; et l’esprit de l’homme se replie sur son centre.
  • Tous les sentiments profonds de caractère chroniques s’accordent en ceci qu’ils recherchent la solitude et s’en nourrissent.
  • Mon cerveau est un palimpseste, le tien aussi, lecteur. Des couches d’innombrables d’idées, d’images, de sentiments sont tombés successivement sur toi, aussi doucement que la lumière. Il a semblé que chacune ensevelissait la précédente. Mais en réalité aucune n’a péri.

3 Tristesses – Semnai Theai – Déesses sublimes

  • Mater Lachrymarum ou Notre Dame des Larmes. C’est elle qui, nuit et jour, divague et gémit, appelant des visages évanouis.
  • Mater Suspiriorum – Notre Dame des Soupirs. Elle ne crie jamais, n’accuse jamais, ne rêve jamais de révolte. Elle est humble jusqu’à l’abjection. Sa douceur est celle des êtres sans espoirs.
  • Mater Tenebrarum – Notre Dame des Ténèbres. Son domaine n’est pas grand; autrement aucune chair ne pourrait vivre; mais sur ce domaine son pouvoir est absolu. Celle-là défie Dieu. Elle est aussi la mère des démences et la conseillère des suicides. Profondes sont les racines de son pouvoir, mais étroit est le pays qu’elle gouverne. Car elle ne peut approcher que ceux dont le tréfonds de la nature a été bouleversé par des convulsions centrales; dont le coeur tremble et le cerveau vacille sous les atteintes concertées d’une tempête du dehors et d’une tempête du dedans.
  • La rébellion qui est le péché de la sorcellerie est plus pardonnable à ses yeux que la résignation discoureuse qui prête constamment l’oreille à ses propres conquêtes sur elle-même.
  • Ou bien l’être humain doit souffrir et lutter pour acquérir une vision plus pénétrante, ou bien son regard sera sans profondeur et sans révélation intellectuelle.
  • … Dieu est capable de tisser avec tes demandes mauvaises des pièges où tu prendras tes pas. Et souvent, aux agneaux qu’il aime, il donne en semblant refuser; il donne en un meilleur sens, ou bien dans un monde beaucoup plus heureux.
  • Une erreur du choix humain, une faiblesse de la volonté humaine, bien qu’elle fut d’abord moins qu’infime, bien qu’elle ne s’écartât de la droite ligne que d’un intervalle plus petit qu’aucun fil que jamais araignée extirpa de son sein, se met parfois à enfler, à grossir, à élargir rapidement sa distance, s’en va faire un voyage dans les espaces sans limites, écartés du véritable centre, espaces incalculables et infranchissables, jusqu’à ce que l’espoir semble éteint et le retour impossible. Tel était le cours de ma propre carrière dans l’opium.

La malle-poste anglaise

  • La gloire de la Tamise se mesure au destin des populations qu’elle sert, au commerce qu’elle favorise, à la grandeur de l’empire dont elle n’est pas, certes, le fleuve le plus étendu, mais bien le plus influent.
  • Mais, au contraire, en ce qui concerne la pensée, j’ai le don maudit de voir dans le premier pas vers un malheur possible, son évolution totale…

Québec, le 20 juillet 2007

Miettes de lecture

Jacques Romain. Gouverneurs de la rosée

  • Un arbre c’est fait pour vivre en paix dans la couleur du jour et l’amitié du soleil, du vent, de la pluie. Ses racines s’enfoncent dans la fermentation grasse de la terre, aspirant les sucs élémentaires, les jus fortifiants Il semble toujours perdu dans un grand rêve tranquille. L’obscure montée de la sève le fait gémir dans les chauds après-midi. C’est un rêve vivant qui connaît la courses des nuages et pressent les orages, parce qu’il est plein de nids d’oiseaux.
  • La vie, c’est la vie : tu as beau prendre les chemins de traverse, faire un long détour, la vie c’est un retour continuel. Les morts s’en reviennent en Guinée et même la mort n’est qu’un autre nom pour la vie. Le fruit pourrit dans la terre et nourrit l’espoir de l’arbre nouveau. (Pour les vodouisants, la Guinée est le séjour des morts)
  • Je ne veux plus t’entendre. Tes paroles ressemblent à la vérité et la vérité est peut-être un péché.
  • Les femmes étaient les plus enragées : elles étaient véritablement déchaînées. C’est qu’elles étaient les premières à savoir qu’il n’y avait rien à mettre sur le feu, que les enfants pleuraient de faim, qu’ils dépérissaient, les membres grêles et noueux comme du bois sec, le ventre énorme. Elles en avaient parfois la tête dérangée et qu’elles s’injuriaient, à l’occasion, avec des mots que ça n’est pas permis. Mais les injures des femmes ne tirent pas à conséquence, ce n,est que le bruit fait avec du vent. Ce qui était plus grave, c’était le silence des hommes.
  • On chante le deuil, c’est la coutume, avec les cantiques des morts, mais lui, Manuel, a choisi un cantique pour les vivants : le chant du coumbite, le chant de la terre, de l’eau, des plantes, de l’amitié entre les habitants, parce qu’il a voulu, je comprends maintenant, que sa mort, soit pour vous le recommencement de la vie.
  • … la vie, c’est un fil qui ne se casse pas, qui ne se perd jamais et tu sais pourquoi? Parce que chaque nègre pendant son existence y fait un nœud : c’est le travail qu’il a accompli et c’est ça qui rend la vie vivante dans les siècles des siècles : l’utilité des hommes sur cette terre.

La Montagne, février 2023

#roman; #Haïti #vaudou

Esthétique du Pôle Nord

L’expérience du froid met en contact avec l’éternité des temps voués à Thanatos. 38

Un homme d’été, égoïste et individualiste, puis un homme d’hiver, communautaire et partageur. 41

L’ethnologie contemporaine aura au moins appris aux plus lucides qu’on n’entre jamais sérieusement dans aucune civilisation si l’on n’est pas soi-même issu d’elle. Et encore…. 77

Savoir qu’on ne peut plus être là où l’on est fait la différence avec celui qui ne pourra s’affranchir et s’émanciper du lieu où se déroule son existence au quotidien, et jusqu’à la tombe.78

Au pôle Nord, le vide est plus vide, le creux plus creux, le ravage plus dommageable. La paix ne s’y cherche pas, mais elle s’y trouve – mais seulement chez l’individu qui déjà en était potentiellement porteur. 81

L’oralité oblige à l’intersubjectivité, elle suppose la relation concrète et incarnée entre celui qui sait et qui raconte et celui à qui l’on transmet l’information après l’en avoir jugé digne. 85

Le ciment éthique passe par l’échange de mots riches et forts, initiatiques et créateurs de vérités sociales.85

L’histoire des peuples apparemment sans histoire se construit ainsi : sans soubresauts, sans révolutions, sans changements considérables, mais dans le mouvement tout de même. Une dynamique lente ne se confond pas avec une absence de dynamique. 89

ONFRAY, Michel, Esthétique du Pôle Nord. Stèle hyperboréennes. Paris. Grasset 2002

Mes archives sur les pierres et un jour les plantes

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